« Les banquières doivent être excellentes. Les hommes restent médiocres. »
On est en 2025, et pourtant, lors d’un récent entretien pour un poste d’origination en marchés de capitaux, on m’a demandé si je prévoyais d’avoir d’autres enfants. Cette question, quoique rarement formulée ouvertement, reste profondément ancrée dans l’ADN du secteur financier. Les femmes figurent peut-être désormais en bonne position sur les fils LinkedIn et dans les panels de diversité, mais reste la vérité crue : il y a peu de place pour la faiseuse de pluie ordinaire.
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En banque d’investissement, le système ne repose pas sur les stars de la performance. Il fonctionne grâce à des milliers d’hommes techniquement compétents et appliqués, qui n’ont rien d’exceptionnel ni d’extraordinaire. Ils constituent la salle des machines : constants, compétents et exonérés de toute attente de perfection. Même David Solomon, CEO de Goldman Sachs, a récemment fait remarquer que l’IA ne remplacerait pas forcément les banquiers — non pas pour des raisons de qualité, mais parce qu’elle ne serait pas en mesure d’avoir leur potentiel relationnel auprès des clients ; en substance, une partie de Volume. L’excellence est devenue algorithmique.
Mais pour les femmes, la barre reste intacte et impitoyablement haute. Pour réussir, il faut détenir la combinaison parfaite : une éducation dans un établissement d’élite, des réseaux aisés, un accent impeccable et, surtout, aucun bagage émotionnel potentiellement dommageable. Dès lors que la maternité entre en jeu, le ralentissement s’amorce. Chaque enfant n’implique pas seulement un retard équivalent à dix mois de congé ; il freine la carrière de la femme sur trois ou quatre ans. Dans un secteur où l’âgisme règne en maître, c’est une éternité.
Les femmes qui réussissent et restent en banque ont appris l’art silencieux de l’invisibilité. Elles n’abordent pas les sorties d’école ni les jours d’absence pour enfants malades. Elles arrivent à l’aube, repartent après la tombée de la nuit et sont épaulées par une garde d’enfants disponible à toute heure du jour et de la nuit. Ne pas l’admettre, c’est risquer de se voir qualifier de « pas totalement engagée ». Parlez de vos enfants, et on vous redirige discrètement vers la conformité ou le suivi de projet : des fonctions appréciées pour le zèle qui les caractérise, mais pas la génération de deals.
En revanche, les hommes ordinaires prospèrent. La banque en regorge. Mais où sont donc les femmes ordinaires ? Celles qui n’ont ni père milliardaire, ni adresse chic à Mayfair, ni mentor issu des grandes écoles traditionnelles ? On salue les exceptions comme Ana Botín — des icônes dont la vie semble d’une perfection inaccessible, affranchie du désordre de la vie familiale. Les autres, elles, disparaissent simplement.
Les femmes du secteur doivent gravir les échelons sans faux pas. Le prix de l’imperfection, c’est la mort d’une carrière. Pendant ce temps, les hommes dans les fonctions seniors passent sans heurt d’une banque à l’autre, indépendamment des conditions de marché ou de leurs résultats. Leurs réseaux amortissent chaque chute.
es pratiques de recrutement n’arrangent rien. Les fonctions très bien rémunérés sont de plus en plus attribuées via des processus informels, où la confiance, les références et les after work comptent davantage que la compétition ouverte. Les hommes, qui dominent ces cercles, y prospèrent. Les femmes, moins susceptibles de jouer les piliers de bar à Canary Wharf, ne sont tout simplement pas conviées à la fête.
Alors, quand j’entends la rengaine : « Nous n’avons pas vu beaucoup de candidates », je me dis : évidemment ! Vous ne les avez pas invitées à déjeuner. Vous ne leur avez pas permis de créer de la confiance dans ces mêmes espaces informels où se scellent les deals et les carrières.
Et quid des femmes qui soutiennent les femmes ? Là aussi, c’est souvent une illusion. J’ai un jour contacté la responsable du comité des femmes de ma banque pour solliciter un bref échange à mon retour de congé maternité. Je n’ai jamais eu de réponse. Pourtant, elle continue d’intervenir dans des conférences sur la promotion des femmes. Le soutien à la cause est devenu un art du spectacle.
Le secteur a beaucoup évolué depuis les années 1970, mais les progrès stagnent. La véritable égalité n’adviendra que lorsque les femmes auront le droit d’être ordinaires. Quand nous pourrons mener des vies normales imparfaites, et se voir confier des mandats générateurs de revenus. Quand une banquière n’aura plus besoin d’un parrain, d’un code postal à Chelsea ou d’une nounou à temps plein pour exister dans ce milieu.
D’ici là, la checklist implicite du succès reste inchangée : un parrain ; un pedigree ; zéro bagage émotionnel.
Bonne chance !
Jeanette Fulton est un pseudonyme
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