Après avoir engagé des millions pour ses MD, Lazard voudrait désormais dépenser moins pour les juniors.
Lazard poursuit depuis plusieurs années une stratégie impulsée par son CEO Peter Orszag, qui consiste à recruter massivement des banquiers d'investissement seniors. Connue sous le nom de Lazard 2030, cette stratégie prévoit l'embauche nette de 10 à 15 Managing Directors par an. Peter Orszag vise ainsi, pour cette banque d’investissement plutôt de type boutique, le doublement des revenus par rapport à leur niveau de 2023.
Cette approche a toujours suscité des interrogations, mais les résultats du deuxième trimestre publiés le 23 juillet laissent à penser que ces questions pourraient à l’avenir se faire plus pressantes.
En effet, au deuxième trimestre 2026, les dépenses de rémunération ont représenté 69,9 % des revenus de Lazard, contre 65,5 % sur la même période l'an dernier. D'ici à quatre ans, la banque souhaite ramener ce ratio à 60 %.
Bonne chance ! Comme nous le relevions dans la chronique matinale Morning Coffee du 23 juillet sur notre site en anglais, la plupart des banquiers M&A connaissent une excellente année. Chez Bank of America, les revenus du M&A ont progressé de 78 % sur un an au deuxième trimestre. Chez Morgan Stanley, ils ont augmenté de 57 %.
À l'inverse, chez Lazard, les revenus du M&A ont reculé de 2 % sur la même période.
Cherchez l’erreur… Ce pourrait être lié à un turnover élevé dans les rangs seniors. Lors de la présentation des résultats, Peter Orszag a expliqué que Lazard « sort d'une période » durant laquelle elle « a fait le choix stratégique de renouveler 40 % de ses Managing Directors en conseil ». Selon lui, le niveau de l’activité de conseil en M&A s’en est trouvé « relevé » ; il a par ailleurs ajouté que le nombre de MD titulaires chez Lazard devrait tripler entre 2023 et 2028. Quant aux recrues récentes, il a tenu à préciser : « Elles sont en pleine montée en puissance. »
À ce stade, Lazard compte 226 MD en M&A, avec une ancienneté moyenne de 12 ans. Elle prévoit d’en recruter d’autres à l’horizon 2030, même si le nombre reste indéterminé. En prenant l’hypothèse d’au moins 10 recrutements nets par an entre 2024 et 2030, il resterait encore 34 MD à embaucher.
Recruter de nouveaux MD coûte cher. Et se séparer des plus anciens aussi. Lazard a ainsi indiqué, en forme de doux euphémisme, avoir enregistré 19,4 millions de dollars de « dépenses liées à la transition du management senior » au cours des six premiers mois de l'année.
Peter Orszag estime qu’avec le départ de ces cadres, les investissements en faveur de nouveaux MD « passent de vent de face à vent arrière ». La CFO Tracy Farr a pour sa part déclaré que « les avantages de nos investissements de croissance se traduiront de plus en plus en gains ».
Parfait ! Dommage pourtant que Lazard semble être passée à côté du boom actuel du M&A, pile au moment où ses nouveaux MD montaient en puissance…
Heureusement, Lazard dispose d'un autre outil dans son arsenal. En attendant que ses nouveaux MD contribuent à réduire la chute des revenus et à atteindre le ratio de rémunération souhaité – les fameux 60 % qui justifient leur recrutement, la banque prévoit aussi de réduire la taille de ses principales équipes de deals. Tracy Farr a précisé le 23 juillet que l'entreprise visait à mettre en place « des équipes de deals moins fournies ». Peter Orszag a indiqué à Financial News vouloir miser sur l'intelligence artificielle : « Sous chaque Managing Director, les équipes pourraient être plus petites, mais il y a davantage de Managing Directors. Ce sera pour nos banquiers juniors l'occasion d'assumer plus de responsabilités, plus rapidement, grâce à ces outils. »
Quant à savoir si l’expérience serait sympa pour les juniors, les avis sont partagés. Une analyste (d'une autre banque) nous a déjà confié que son travail était devenu pénible car elle est bombardée par des Managing Directors convaincus que les outils de l’IA permettent de répondre rapidement à leurs demandes. Côté Managing Director, un MD (lui aussi en poste dans un autre établissement) estime que ce sera différent à l’avenir. « Ce sont des problèmes de rodage », explique-t-il, ajoutant que l'IA finira par enrichir l'expérience des banquiers juniors et leur permettre d'assumer plus de responsabilités.
Ce qui paraît en revanche presque certain, c'est que Lazard comptera à terme au moins 260 MD et moins de banquiers juniors qu'aujourd'hui. Si elle compte ramener son ratio de rémunération à 60 %, elle pourrait devoir supprimer de nombreux postes juniors. Selon les données de la base de salaires H-1B, un MD chez Lazard perçoit un salaire fixe de 400k $ (un peu plus de 350k €). Après ajout des bonus, il est envisageable d’atteindre une rémunération totale d'1 million de dollars/ 880k € par MD.
À titre de comparaison, un analyst chez Lazard à New York gagne 120k $ / 105k € en fixe. Fin 2025, la division conseil comptait 1 574 employés, soit un ratio d'environ six personnes par MD. Selon plusieurs observateurs du marché, il pourrait être ramené à trois, peut-être même moins.
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