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Qube Research & Technologies : ce hedge fund parmi les meilleurs et sa structure de rémunération futuriste

D’abord, les packages de rémunération à 50 millions de dollars. Puis, le retour de bâton. Depuis que le hedge fund Eisler Capital Management a annoncé sa fermeture le mois dernier, après une augmentation de 33 % de ses dépenses de rémunération en un an, la générosité des fonds spéculatifs envers leurs personnels est sous surveillance. Un fonds, toutefois, semble être passé maître dans l’art de maintenir sous contrôle strict ses coûts humains.

Ce fonds, c’est Qube Research & Technologies (QRT), un fonds quantitatif qui a passé ces dernières années à augmenter encore et toujours ses effectifs comme ses actifs sous gestion. QRT n’a pas donné suite à nos sollicitations pour commenter cet article, mais Bloomberg notait au printemps que l’établissement comptait désormais 1 400 employés et 28 milliards de dollars d’actifs - à fort effet de levier - sous gestion.

De quoi en faire un employeur de premier plan dans le secteur des hedge funds. Millennium, Citadel, Balyasny et Point72 affichent tous des effectifs supérieurs, mais la plupart des fonds en comptent bien moins. C’était par exemple le cas d’Eisler Capital - environ 300 employés à l’annonce de sa disparition.

Chez Qube, toutefois, des sources internes indiquent être rémunérées différemment de leurs concurrents. Cela permet une meilleure maîtrise des coûts — et ce serait un facteur-clé de la réussite du fonds.

Un peu comme Jane Street, Qube offrirait à bon nombre d’employés une visibilité limitée sur leur propre P&L (profit et pertes). Alors que la plupart des fonds versent des bonus correspondant à 20 % ou plus des profits générés par les gestionnaires de portefeuille, Qube procède autrement. Les bonus y seraient discrétionnaires et liés à la performance du fonds dans son ensemble.

Nous avons déjà abordé le sujet, mais à mesure que Qube se développe, sa structure de rémunération attire davantage l’attention. Selon des sources internes, le fonds met surtout l’accent sur son importante équipe de quants. Environ 10 % seulement des employés de Qube seraient de véritables gestionnaires de portefeuille, mais l’établissement développe aussi une équipe d’analystes fondamentaux.

Les membres de ces équipes d’investissement expliquent que leur fonction consiste à générer des stratégies de trading qui sont ensuite codées dans les systèmes de Qube : après investissement d’une petite partie du capital initial et une phase de vérification et de validation, les équipes d’allocation du fonds décident d’affecter davantage de capital à la stratégie à partir d’un fonds central. « La stratégie est codée dans le système et donc on n’a plus de visibilité sur le P&L généré », confie l’une de nos sources.

Selon ce contact, lorsqu’on occupe une fonction d’investissement au sein du fonds, le principal objectif est de produire un flux constant d’idées de placement. « On est plus jugé sur le nombre de stratégies et de signaux trouvés chaque mois que sur le montant des profits générés », poursuit-il. Une stratégie peut être combinée à une autre, rendant le processus hautement collaboratif.

Cela signifie que Qube fonctionne de manière plus collaborative que ses rivaux. Cela lui permet aussi de maîtriser sa masse salariale. Qube paie encore bien : le salaire moyen au Royaume-Uni y atteignait 722k £ (827k €) en 2024, mais les dépenses de rémunération ne représentaient que 38 % des revenus, contre 80 % chez Eisler, où la rémunération moyenne par tête dépassait 1,1 million de dollars, soit 950k €.

Les bonus discrétionnaires de Qube sont aussi largement différés. Ils sont investis dans le fonds de l’établissement lui-même, qui a généré plus de 30 % de rendement en 2024. Jusqu’à récemment, le fonds ne facturait pas à ses employés les frais élevés - de 25 à 30 % - qu’il impose aux investisseurs, mais cela a changé en septembre.

Pour un quant ancien employé du fonds, la structure de rémunération de Qube est étroitement alignée sur les intérêts des investisseurs, plutôt que sur ceux de gestionnaires de portefeuille exigeants. « Qube a créé un business model moins axé sur l’individu et plus proche de la machine », nous confie-il. « C’est comme le taylorisme de l’investissement : découpez le processus en plusieurs étapes, et la personne responsable d’une étape n’a pas de visibilité sur l’ensemble du processus. »

Selon lui, cette approche fonctionne parce qu’elle évite à Qube de se trouver à la merci des egos surdimensionnés et de leurs prétentions salariales démesurées. « Dans de nombreux fonds, il y a trop de preneurs de risques surpayés pour une faible valeur ajoutée. Chez Qube, ils préfèrent avoir trois personnes peu payées plutôt qu’une seule très bien rémunérée. En cas de départ, ils peuvent embaucher de nouveau à moindre coût, et faire former rapidement la nouvelle recrue par les deux autres… »

Si ce modèle semble à l’avantage de Qube, il est sans doute moins attrayant pour qui y travaille. Pourtant, il semble que très peu de gens partent. « C’est moins impitoyable qu’à beaucoup d’autres endroits, » raconte un ex-employé. C’est peut-être aussi lié à la longueur des périodes de préavis…

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AUTEURSarah Butcher Editrice Monde

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